Rédigé à 11:11 dans Actualités, Ecritures, Histoire, Humour | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Le péruvien Mario Vargas Llosa est décédé l’an dernier. Il est un des plus grands écrivains latino-américains et je m’étais juré de lire une de ses œuvres (malgré ma formation universitaire, je ne m’étais jamais vraiment penché sur sa production littéraire). C’est chose faite et le constat est époustouflant, magistral !
L’histoire ? Celle d'une dictature comme il y en a eu, à savoir l’ère Trujillo (1930 à 1961) en République Dominicaine. Le personnage principal, la jeune avocate Urania Cabral, débarque à Saint-Domingue, dans la ville qu’elle a quittée il y a 30 ans. Pendant toutes ces années, elle n’a donné aucune nouvelle, n’a répondu à aucune lettre, de son père (ex ministre de Trujillo), de sa tante ou de ses cousines. Qu’est-ce qui a pu la pousser à fuir ainsi ? Et pourquoi revient-elle ? Pour poser des questions à son père mourant. Le récit nous plonge alors dans le labyrinthe de la dictature de Rafael Leonidas Trujillo (« le Bouc »), au moment charnière de l’attentat qui lui coûta la vie en 1961. Toutes les intrigues tournent toutes autour du Bouc. Les différentes histoires mêlent les époques (1961, 1937, 2000, etc.), mais aussi les points de vue, ce qui permet de saisir l'évolution de la dictature et de sa chute, ainsi que la façon dont elle était perçue (par ses serviteurs mais aussi par ses victimes).
C'est une vraie leçon d'Histoire, romancée, bien sûr, mais qui permet de mesurer (en les vivant de l'intérieur) quelles horreurs l'homme peut faire subir à ses semblables. Dans des pages inoubliables, le roman met en scène les coulisses du pouvoir : la vie quotidienne d’un homme hanté par un rêve obscur et dont l’ambition la plus profonde est de faire de son pays le miroir fidèle de sa folie. En conclusion, "La Fête au Bouc" est un grand roman, à lire absolument si l'on est prêt à faire quelques efforts pour suivre ce foisonnement de personnages et d'évènements (le mieux c'est de ne jamais le reposer ou alors pas longtemps).
Rédigé à 10:11 dans Histoire, Livres | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Rédigé à 21:37 dans Actualités, Espagne, Histoire, Société | Lien permanent | Commentaires (2)
City of Life and Death , le dernier film du réalisateur (inconnu pour moi) Lu Chuan a fait sur moi l’effet d’une bombe. Entièrement tourné en noir et blanc (magnifique), il évoque un épisode de la guerre sino-japonaise au cours duquel, en 1937, durant plusieurs semaines, des dizaines de milliers de civils et soldats chinois furent tués par l'armée japonaise, dans la ville occupée de Nankin. Cet événement est raconté à travers les destins d'un général chinois, d'un soldat japonais et d'une jeune enseignante chinoise.
On y découvre des exécutions de masse à la baïonnette (pour économiser les munitions...), des captures, des exécutions massives ( tout homme chinois en âge de combattre doit être exécuté), des viols collectifs organisés ((des femmes sacrifiées pour le "réconfort" des soldats japonais, violées puis jetées nues sur des charrettes de fortune), ainsi que des atrocités les unes plus éprouvantes que les autres et ce, pendant plus de deux heures, sans que, jamais, le jeune réalisateur chinois ne tombe dans la complaisance pour le spectacle de la violence.
Au-delà du témoignage historique, la reconstitution impressionne par la puissance de sa mise en scène, qu'on soit au bord de l'abstraction (les combats de rue dans des ruines où les soldats ressemblent à des fantômes anonymes), ou au cœur de l'humain et des sentiments les plus extrêmes.
Avec une qualité de son assez rare (ça, c’est pour les fans de home cinéma), viennent les plans de foules affolées, de soldats nippons détruisant tout avec des avions, des tanks, des obus. Très vite la distinction entre civils et militaires, Chinois et non-Chinois n'a plus de sens. Il y a ceux qui subissent ou s'opposent progressivement à la folie impérialiste (dont un gradé japonais) et il y a les autres, petites mécaniques dociles ou caricatures d'animaux habillés.
Difficile, bien sûr, de ne pas songer à La Liste de Schindler, de Steven Spielberg avec le même noir et blanc solennel, au Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (scènes dans les tranchées et de condamnations à mort) ainsi qu’à Il faut sauver le soldat Ryann pour les scènes de guerre brutes et les fusillades. Les irruptions sauvages des troupes japonaises dans la zone protégée, violant femmes et enfants sont inoubliables. Avec son noir et blanc sublime, ses combats et son décor désolé de ruines fumantes, le film est un des plus forts que j’aie pu voir cette année. L’effet d’une bombe, je vous disais…. Le film est formidable et je conseille à tout le monde de le voir.
Rédigé à 15:17 dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1)
1986.
Un réalisateur britannique Roland Joffé, reconnu par sa superproduction sur les événements survenus au Vietnam et au Cambodge (La Déchirure),
décide de tourner avec les plus grands acteurs du moment.
Il embauche Robert De Niro et Jeremy Irons au faîte de leur talent pour son nouveau projet :
Mission.
Un grand film historique, certainement un des plus beaux jamais réalisés. Tout le monde s’en souvient, ce film raconte la destruction des implantations jésuites du Paraguay au XVIe siècle sur ordre de la couronne espagnole. Si les indiens guaranis y sont dépeints de façon quelque peu exotique, le film bénéficie d'une interprétation passionnée et émouvante pour ses deux protagonistes principaux. Frère Gabriel (Jeremy Irons) est un prêtre qui s’installe avec les indiens pour leur enseigner la foi et les protéger.
Rodrigo Mendoza (Robert DeNiro) est un ex-mercenaire qui décide de suivre Frère Gabriel dans sa quête.
Longue réflexion sur la légitime violence, l'altérité, la rédemption, Mission est une somptueuse balade à travers les paysages de la forêt équatoriale avec des images exceptionnelles qu’il faut avoir vues et une musique inoubliable signée Ennio Morricone. La bande son est un pur chef d’œuvre.Le film, incontournable, est sans conteste un grand souvenir de cinéma. Voici donci pour le plaisir des yeux et des oreilles un magnifique extrait. Cadeau.
Rédigé à 18:13 dans Cinéma, Espagne, Histoire | Lien permanent | Commentaires (5)
Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828) est un peu comme Honoré de Balzac, un monument dont on sait l’œuvre grandiose et le regard sur la société mordant, parce que la mémoire collective nous l'a soufflé, parce que l'école nous l'a parfois enseigné, parce que les promenades littéraires ou artistiques nous ont laissé en tête des oeuvres marquantes, telles ces Vieilles du Palais des beaux-arts de Lille, édentées et édifiantes mémés d'avant le botox.
Alors se plonger dans le vif du sujet reste sacrément impressionnant (comme d'aborder les 91 volumes de La Comédie humaine), surtout si l'on se penche sur la partie fleuve de l’œuvre de Goya qu'est la gravure. Le peintre espagnol, en digne héritier de Dürer ou de Rembrandt, la maîtrisa si génialement qu'elle devint une sorte de seconde langue maternelle picturale, intime et personnelle.
Le 16 avril 1828, Francisco de Goya mourait à Bordeaux, vieil artiste malade et sourd qui avait fini par quitter son poste de peintre officiel de la cour d'Espagne pour une retraite Outre-Pyrénées, loin de l'Inquisition et des séquelles pernicieuses des guerres napoléoniennes. Pour commémorer les 180 ans de sa disparition, deux musées sortent des réserves, où elles reposent à l'abri de la lumière, les célèbres séries des gravures du maître, où il observe les travers de son temps et les ravages de l'obscurantisme.
A Paris, le musée du Petit Palais propose une colossale rétrospective - 210 oeuvres, dont des pièces rarement exposées ; à Lille, le Palais des beaux-arts montre l'intégralité de la série des Caprices (1797-1799), soit 80 estampes. La première exposition se mérite, la seconde se déguste, les deux provoquant la même attraction progressive et captivante. Dans ces petits formats noir et blanc aux lumières subtiles, granuleuses ou hachées suivant les techniques (aquatinte ou acide), sont concentrés les turpitudes, décadences et drames de la vie quotidienne en Espagne à la fin du XVIIIe siècle, sous forme de saynètes sous-titrées (Les Caprices) ou bien légendées comme un reportage photo (Les Désastres de la guerre).
Plus que la bêtise, la superstition ou la barbarie d'une époque en particulier se lisent ici, sur à peine vingt centimètres carrés, les mille et un détails du genre humain tout court, intemporel et universel, sous la plume acérée d'un observateur à qui rien n'échappe. Soit un homme dont on a longtemps souligné la noirceur de l’œuvre, oubliant que derrière la caricature aiguisée se niche un humanisme éclairé qui fait du bien.
Rédigé à 12:24 dans Arts, Espagne, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2)
Depuis ses débuts de cinéaste, Walter Salles s'intéresse à son pays d'origine, l'Amérique du Sud, ses conditions de vie, sa misère, son désespoir. Dans CENTRAL DO BRASIL, il y avait cette écrivaine publique qui brûlait les lettres de ses clients. Dans CARNETS DE VOYAGE, il y a ces deux grands gamins, pleins d'espoir et d'envie de vivre, partis à la conquête du monde sur leur mobylette rouillée. Et comme dans chacun de ses films, le retour à la réalité, la rencontre avec la vie se prend comme une claque en pleine figure.
En 1952, celui qui deviendra le Che traverse l'Amérique du Sud avec son ami Alberto Granado. Un périple de toutes les découvertes qui va changer radicalement sa vision du monde . Le film est un road-movie initiatique, l'odyssée de deux jeunes gens anonymes et joyeux : les deux copains quittent Buenos Aires pour un périple de plusieurs mois à la découverte de l'Amérique latine. Un voyage de plusieurs milliers de kilomètres à travers la Patagonie, le Chili, le Pérou, pour aboutir à l'extrême nord du Venezuela. Alberto (Rodrigo de la Serna) aime manger, boire, danser et séduire ; Ernesto (Gael García Bernal), dit « Fuser », 23 ans, est étudiant en médecine, il est mince, beau, chouchou de sa riche famille et asthmatique. Don Quichotte et Sancho Pança avaient leur Rossinante. Ernesto et Alberto ont une Norton 500 un peu rouillée. Et Walter Salles filme avec bonheur et drôlerie les incidents cocasses vécus par ces deux inséparables complémentaires. Alberto drague tout ce qui bouge. Ernesto se fait draguer.
Walter Salles laisse peu à peu deviner la découverte, par deux bourgeois plutôt sages, au destin apparemment tout tracé, d'une réalité qu'ils ne faisaient que soupçonner. La beauté de leur terre. La misère de ceux qui y vivent. Un choc : la rencontre avec des journaliers chiliens, à la recherche d'un travail, chassés de chez eux pour s'être déclarés communistes. Comment lutter contre les propriétaires tyranniques ? Ce qu'apprennent les deux jeunes gens, c'est l'idée de la révolte permanente. Ne jamais accepter l'inacceptable.
A la fin de ce voyage picaresque, les deux copains se séparent. Alberto Granado s'apprête à devenir adulte ; Ernesto Guevara, lui, reste encore au seuil de l'existence, sans se rendre compte que ce périple a changé sa vie. Seulement l'engagement révolutionnaire, ce sera pour plus tard. Ce sera une autre histoire. Un autre film.
Je pensais que Walter Salles partait sur la piste d'un secret. Le paysage défile, des anecdotes poignantes ou cocasses, des rencontres, des problèmes de mécanique, des vaches... Walter Salles semble bien trop occupé à faire en sorte que le spectateur à l'américaine ne s’ennuie pas! J’attendais plus de réalisme (à la Ken Loach) au moment de filmer les abus des propriétaires terriens, la misère, les conversations avec les amérindiens, l’abus des patrons. Mais tout reste un peu trop lisse. Je garde néanmoins en mémoire l’épisode des lépreux. Salles a voulu montrer que le Che Guevara n'est pas qu'un visage étalé sur les T-Shirts des rebelles du monde entier. C'était avant tout un homme venu à la rencontre de son pays qu'il croyait puissant, et découvrait la misère d'un peuple opprimé et mourant. C’est ce que j’aurais voulu voir vraiment.
Rédigé à 10:05 dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)
Pour illuster la note de DCD "L'Inquisition":
Vu en mai 2007 avec un groupe d'élèves au Museo El Solar de la Tortura y la Inquisicion (Santillana del mar-Espagne): Instrument de torture utilisé sous l'inquisition pour brûler les "impies": on entrait l'hérétique dans le corps du taureau en fonte, on allumait le feu et you kaï di,you kaï da, on assistait à la cuisson du condamné. A l'époque, le public "appréciait" le fait que les cris des condamnés sortent de la "gueule" du taureau...Incantations mystiques...Allô les terriens????
Rédigé à 17:57 dans Education, Espagne, Histoire, Voyages | Lien permanent | Commentaires (4)
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