Country Life est le quatrième album de Brian Ferry et son groupe Roxy Music, sorti en 1974. Depuis toujours et dès le premier album, le corps féminin est à l’honneur sur les pochettes de ses premiers albums. L'érotisme, la séduction fatale, c'est le grand truc de Bryan Ferry, cet érotomane averti : chaque album du groupe s'ornera donc d'une photo de belle(s) fille(s), au pluriel ou au singulier . J’en veux pour preuve les suggestives pochettes des albums précedents de Roxy Music : Roxy Music en 1972, Stranded puis For Your Pleasure en 1973.
Et ce n'est pas fini: le dernier en date n'étant autre que Kate Moss dans l’album Olympia.
On l'aura compris, Bryan Ferry conceptualise avec un soin méticuleux des fantasmes féminins censés évoquer les fans de la musique proposée.
Revenons à 1974.Quand Bryan Ferry fait une pause vacances au milieu de l’enregistrement de son nouvel album il sait déjà que son prochain album s'appellera Country Life (vie à la campagne). Il a d'ailleurs décidé que sa pochette « devrait trancher avec les photos du magazine bourgeois du même nom où l'on retrouve régulièrement des personnages en train de chasser le canard et de sauter à cheval. » Il s’en va donc au Portugal avec le designer Anthony Prince et le photographe Eric Boman. Les trois hommes cherchent une idée de pochette. Les représentations champêtres ne l’inspirent pas. Les plantes vertes, c’est pas son truc.
Exactement au même moment, Michael Karoli, guitariste de Can, sa fiancée Evaline Seeling et sa sœur Constance prennent un repos bien mérité dans une villa portugaise. La discothèque est ennuyeuse (nous sommes en 1974).Un beau soir, les filles apportent leurs albums de Roxy Music pour être sûres de danser. Sur ces entrefaites, Bryan Ferry surgit sur la piste. Champagne, quiproquo, discussions tardives et plein d’autres activités dont je tairai le contenu. Retenez bien leurs noms : Constanze Karoli et Eveline Grunwald.
Le lendemain, le chanteur rend visite aux filles dans leur villa : Evaline et Constance accepteraient-elles de poser pour une idée de photo pouvant mener à une éventuelle pochette ? Je savais que les photos de jolies filles avaient été utilisées pour vendre des voitures, de la soupe et plein d'autres choses encore. Alors pourquoi pas du rock ?, questionnera plus tard Ferry. « Quand je leur ai proposé une séance photo topless, dira-t-il aussi, elles étaient tout feu tout flamme ».
Ravies de cette parenthèse top model qu’elles ne prennent pas au sérieux, les deux copines foncent à Portofino pour se fournir en lingerie. Une seule boutique, mal achalandée. Elles y achètent les mêmes sous-vêtements, de couleurs différentes, « il n’y avait que ça ».
Eric Boman prend la fameuse photo dans le jardin derrière la piscine de la villa des parents Karoli. Sur la photo, les deux jeunes femmes légèrement vêtues sont éclairées par un projecteur. Elles exposent leurs formes plantureuses, masquent des mains leurs parties les plus intimes et regardent de face le photographe.
Une fois rentré au pays, Bryan Ferry sera surpris de la brutalité des images. Il attendait quelque chose de plus glamour. Les plus malins (pervers ?) d'entre nous noterons la transparence des sous-vêtements, et surtout, l'attitude à la fois soumises et insolentes des deux modèles laissant voir pointes de seins d'un côté, et poils pubiens fournis de l'autre. C’est de l’authentique, pas de retouches numériques ! Toute une époque.
Aux vertes prairies, Bryan Ferry va donc préférer le paysage de deux jeunes filles en fleur. Bryan est content de pouvoir offrir sur Country Life sa version de la vie à la campagne : tous à poil ! Naturel quoi. Reste à convaincre le directeur artistique, Nicolas Deville.Celui-ci est persuadé qu’il tient quelque chose. Il choisit un lettrage ultra classique, celui du magazine Country Life. A ce stade, l’image des deux femmes surprises dans la campagne projette une ambigüité nouvelle, inconnue jusqu’alors de tout le registre libertin/sexy. Cette photo exsude quelque chose de purement sexuel et totalement novateur à la fois. Elle annonce le siècle de la pornographie.
Les censeurs ne s’y tromperont pas : la pochette de « Country Life » va devenir un classique controversé. Aux Etats-Unis, le motif de la pochette ne suscite pas le même enthousiasme et les deux walkyries seront tout simplement effacées sur l’édition américaine de "Country Life". Les pin up disparaissent, mais le décor change à peine. La végétation a remplacé les deux belles plantes.
Les Grecs n’en veulent pas non plus. On soupçonne Evaline (à gauche) de masturbation. Une autre photo des séances est alors extraite et repressée dans l’urgence. Nouveaux cris des disquaires : le disque est alors vendu sous cache de plastique vert. Cette fois ce sont les parents qui vitupèrent, outrés de trouver pareille image déballée dans la discothèque de leur progéniture.
Les espagnols opteront quant à eux pour un gros plan d’Evaline, etc.
Mais depuis, cette pochette a eu son apanage d’hommages, de copies, de plagiats et de parodies en tous genres, dont voici les plus "réussies":
Et puis il ya celles que, personnellement, j'ai envie de rapprocher:
A VOUS DE JUGER !
IMPORTANT : impossible de ne pas citer dans cet article le magnifique travail de Philippe Manoeuvre qui m'a donné très envie d'en savoir plus sur cet album. Je vous recommande fortement la lecture de son ouvrage La discothèque rock idéal 2 publié chez Albin Michel.